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domingo, 28 de febrero de 2010

PERDER LA AUREOLA, DE CHARLES BAUDELAIRE


XLVI
PERTE D'AURÉOLE

Eh ! quoi ! vous ici, mon cher ? vous dans un mauvais lieu ! vous, le buveur de quintessences ! vous le buveur d'ambroisie ! en vérité, il y a là de quoi me surprendre.

- Mon cher, vous connaissez ma terreur des chevaux et des voitures. Tout à l'heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole dans un mouvement brusque a glissé de ma tête dans la fange du macadam. je n'ai pas eu le courage de la ramasser. J'ai jugé moins désagréable de perdre mes insignes que de me faire rompre les os. Et puis, me suis-je dit, à quelque chose malheur est bon. Je puis maintenant me promener incognito, faire des actions basses et me livrer à la crapule comme les simples mortels Et me voici tout semblable à vous, comme vous voyez !
- Vous devriez au moins faire afficher cette auréole, ou la faire réclamer par le commissaire.
- Ma foi ! non. je me trouve bien ici. vous seul, vous m'avez reconnu. D'ailleurs la dignité m'ennuie. Ensuite je pense avec joie que quelque mauvais poète la ramassera et s'en coiffera impudemment. Faire un heureux, quelle jouissance ! et surtout un heureux qui me fera rire ! Pensez à X ou à Z ! hein ! comme ce sera drôle !

Petits poèmes en prose o Le Spleen de Paris (1862)

XLVI
PERDER LA AUREOLA

-Pero, ¿cómo? ¿Usted por aquí, querido? ¡Usted en un lugar de perdición! ¡Usted, el bebedor de quintaesencias! ¡Usted, que come ambrosía! En verdad, hay de qué sorprenderse.
-Querido amigo, conocéis mi terror a los caballos y los coches. Hace un momento, cuando cruzaba el bulevar, a toda prisa, y sorteaba el barro, a través de ese caos movedizo en que la muerte llega a galope por todas partes a la vez, la aureola, en un movimiento brusco, se me escurrió de la cabeza al fango del empedrado. No tuve el valor de recogerla. Juzgué menos desagradable perder mis insignias que romperme los huesos. Y además, me dije, no hay mal que por bien no venga. Ahora puedo pasearme de incógnito, llevar a cabo acciones bajas y entregarme a la canalla, como los simples mortales. ¡Y heme aquí, semejante a usted, como puede ver!
-Al menos deberíais poner un anuncio sobre la aureola, o reclamarla en la comisaría.
-¡No, por favor! Me encuentro bien aquí. Sólo usted me ha reconocido. Además, la dignidad me aburre. Por otra parte pienso con alegría que algún mal poeta la recogerá del suelo e impúdicamente se adornará con ella. ¡Qué gozo hacer a un hombre feliz! ¡Y, sobre todo, feliz a aquel que me hará reír! ¡Pensad en X o en Z! ¡Vaya! ¡Sí que va a ser gracioso!

Pequeños poemas en prosa o El Spleen de París (1862)

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